Tout le monde sait bien que le sida, c'est comme la grippe et qu'il suffit d'un souffle pour rendre séropos toutes les personnes dans un rayon de vingt mètres...
Le nez qui se prend pour une fontaine. La gorge qui donne l'air d'avoir accusé trois douilles le soir d'avant. La tête qui pèse deux tonnes cinq. Visiblement, je suis malade. (comme d'habitude pour les fêtes de Noël, soit dit en passant...) Alors j'appelle pôpa pour qu'il vienne me cueillir au lycée. Lycée qui me reprochera bien entendu de ne pas être passé par la case "Infirmerie". Et puis quoi encore? Pour qu'une incompétente notoire me file un petit déjeuner dégueulasse et me dise de faire plus de sport, merci. Si les dés font que l'on tombe pile sur la case "Infirmerie", c'est le jackpot et on repart avec toujours le rhume, mais en plus trois jolis préservatifs pour faire des ballons lors de votre prochaine fête.
Bref après toute cette scène, je pars chez le médecin, car il faut montrer à la Vie Scolaire un joli papier de docteur, comme quoi oui, vous étiez bien malade, non, vous ne séchiez pas. La salle d'attente est composée d'une douzaine de sièges, de posters moches de bébés au teint blafard, répondant aux doux noms de Bronchiolite, Oreillons, Rougeole, Rubéole et Kinésithérapie-Respiratoire. Je me demand epourquoi ses parents l'ont appelé comme ça, lui. Les prénoms composés, c'est plus à la mode...
La salle d'attente est également ornée d'une jolie plante en pot, avec trop de poussière dessus pour que l'on puisse encore douter de sa composition en latex, d'une table basse remplie de revues inintéressantes tel que "Auto tunning" ou "Passion Voile". Et, histoire de finir en beauté, la salle est également décorée de quatre braves retraités, attendant sagement leur tour.
Je m'assied entre deux vieilles dames, et sort de ma poche le Nana 14, que je dois bien lire pour la dixième fois.
Une des deux vieilles se lève, et trottine jusqu'au siège le plus éloigné du mien. Pourtant, aujourd'hui, je ne porte ni crête, ni blouson en cuir. Mais bon, on ne sait jamais, au cas où je serais un sale drogué, ou un garçon "contre nature" visant à la contaminer du sida, car tout le monde sait bien que le sida, c'est comme la grippe, et qu'il suffit d'un souffle pour rendre séropos toutes les personnes dans un rayon de vingt mètres...
Bref elle s'en va loin. Je rigole doucement. L'autre est plus téméraire et garde sa place, dans une attitude de bravoure et de courage inouïe.