C'est alors, pendant les cinq secondes que met le bus à faire le tour du rond-point, une totale immersion dans le monde chamarré et fort en émotion d'un cosmonaute...
Il est important de noter que le trajet aller du bus 501 est certes éprouvant, mais qu'il se reproduit surtout deux fois par jours. Le trajet retour, puisque c'est de celui ci que nous allons parler, se fait dans une ambiance différente de celui du matin. Tout d'abord, il faut réussir à y monter. La tâche, qui pourrait paraître aisée, n'est en fait pas si simple. Les personnes âgées, qui méritent tout notre respect et notre solidarité, éprouvent en effet quelques difficultées à sortir la monnaie de leurs poches, mais n'éprouvent par contre aucune difficulté à pousser tout le monde à grands renforts de raclements de gorges glaireux et de grognements outrés pour pouvoir passer en premier. Ce qui leur permet d'emmerder allègrement tous les usagers, dont moi, qui attendent sur le quai. Et vas y que j'ai pas de monnaie, et vas y que je tape la causette au chauffeur... Puis le vieux avance, mais s'arrête en plein milieu de l'allée, ce qui créé un second bouchon. En effet, ils ont besoin de scruter toutes les places, ce qui prend du temps, alors qu'ils savent pertinemment qu'ils s'assieront au premier rang. C'est une pathologie caractéristique de nos amis seniors, et certes un peu pénible, s'il vous plait, restons polis.
Lorsqu'enfin vous pouvez rentrer dans le bus, et que vous vous asseyez, vous devez alors faire face, le vendredi notamment, au terrible bloc communiste. Ce bus, c'est un vrai livre d'histoire! Et oui, de la même façon que nous croisons Hitler tous les matins, le soir, une espionne du KGB zone dans le 501. Pour vous la décrire physiquement, je dirais simplement que c'est elle qui a cassée tous mes fantasmes sur les espionnes russes. Cette nana est flippante. Elle passe le trajet à vous mater avec ses yeux globuleux, et pire encore, semble savoir, après des tests fiables effectués par nos laboratoires, à quel arrêt descend chaque usager du bus! Si si, je vous assure.
Après moult tourments, vous vous imaginez que je peux regagner paisiblement mon domicile. C'est faux. Mon arrêt de bus étant situé à un rond-point, il faut que je me lève avant pour que le chauffeur ait le temps de prévoir l'arrêt, ne rigolez pas, à 130 kilomètres heure, ce n'est pas si facile. Je réalise chaque soir le rêve de plein de petits enfants, à savoir ressentir les sensations que procurent un vol à mac 3. Les manèges de la foire aux plaisirs, ils me font bien marrer après. Petis joueurs! Paré au décollage dans mon cockpit, je m'élance tel un parachutiste. C'est alors, pendant les cinq secondes que met le bus à faire le tour du rond-point, une totale immersion dans le monde chamarré et fort en émotion d'un cosmonaute, à droite, à gauche, parfois en bas, si mon état ne permet pas la station debout, et dans tous les cas, avec l'impression de peser le triple de mon poids.
Je peux, après toutes ces épreuves, regagner mon logis, fatigué, éreinté. Après un retour de Spoutnik, je pense que c'est justifié, non?